Bienveillante et empathique, Rachel âgée de 29 ans, accompagne avec passion les personnes âgées dans leur maintien à domicile. Pour elle, la communication et la transparence sont essentielles, surtout quand il s'agit d'aborder des sujets intimes comme l'incontinence, qui touche la moitié de ses bénéficiaires.
L’incontinence : un sujet empreint de gêne
“Je ressens quand même une forme de gêne, ils en parlent par la force des choses parce que je vais être amenée à les aider.” Rachel observe que l'incontinence reste un tabou, même quand elle fait partie du quotidien. “Je n'ai jamais eu à faire à une personne qui dédramatisait, c'est souvent dans l'appréhension.” Parfois, ce sont les familles qui abordent le sujet en premier. Récemment, la fille d'un bénéficiaire l'a contactée : “Elle m'avait dit de lui dire les choses honnêtement. J'ai remarqué par expérience qu'il y avait un début d'incontinence, ça a été bien reçu de sa part.” Rachel a compris qu'il fallait être dans l'accompagnement sans jugement : “Si la personne se sent jugée, ça va la mettre mal à l'aise. Il faut lui faire comprendre qu'on est là pour ça, ne pas lui faire ressentir une forme de jugement.” Car derrière l'incontinence se cache une réalité plus profonde : “C'est difficile de vivre cette perte d'autonomie. Toujours avoir à demander de l'aide peut provoquer de la colère pour certains ou de la tristesse pour d'autres. Ils peuvent se sentir rabaissés.”
L'isolement et le manque d'information
L'impact sur la vie sociale est majeur. Rachel pense notamment à l'une de ses bénéficiaires : “Elle est consciente de son incontinence, elle ne veut pas sortir. Elle me dit : 'Mon état ne le permet pas', et c'est souvent lié à l'incontinence.” Les propositions de sorties sont souvent écartées pour la même raison : “Si je lui propose une après-midi chez son frère ou boire un verre en terrasse, elle me dit 'non, s'il faut que je me change, c'est compliqué…'” Rachel pointe aussi un problème structurel : “Je trouve qu'on manque d'information, les gens ne savent pas vraiment vers qui se tourner. Ils sont amenés à aller discrètement dans un magasin acheter des protections mais ne savent pas ce qu'ils doivent prendre.” Un détail l’étonne particulièrement : “Les protections sont dans le rayon bébé, c'est très infantilisant.” Pour elle, c'est clair : “Ça stigmatise le sujet. En parler, ça aiderait beaucoup.”
“L'honnêteté avec les familles, c'est important. Il faut être clair dans ce qu'on dit, ne pas tourner autour du pot.” Au quotidien, Rachel place le bien-être de la personne accompagnée au centre de sa pratique. Son engagement repose sur une conviction profonde : accompagner les personnes âgées dans leur intimité exige transparence, respect et humanité.